Participation au Ciné-débat organisé par la ville du Pradet (Var), avec Bernard BOGLIOLO (ex-directeur de l’Institut Médico-Educatif Bel’Estello, psychanalyste et maître-assistant à la faculté Paris VII) et Edwige LALLEMAND (chargée de mission auprès de l’Association des Paralysés de France, APF délégation du Var.
(Participation en qualité de responsable de formation à l’association Développement et Epanouissement par la Formation et l’Insertion Sociale, DEFIS, La Valette-du-Var).

Après la projection du film de Bard BREIEN, « L’Art de la pensée négative » (sous titré « Fuck Them all! », sortie le 26 novembre 2008), Eric SCHMID, du Service Ciné/Médiation Culturelle de la commune du Pradet, a animé un débat entre les intervenants et le public, autour du film et de certaines questions: La place de la personne en situation de handicap évolue-t-elle suffisamment dans notre société? Quel bilan peut-on faire? Quelle considération et quel intérêt suscite la personne handicapée? Quels sont les moyens, les projets et quels aménagements sont prévus pour cette population?

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Description du film :

Film norvégien de Bard Breien, 2008.

Avec Fridtjov Såheim, Kjersti Holmen, Henrik Mestad.

Geirr est trentenaire et handicapé à la suite d’un accident. Sa femme est sur le point de le quitter, cédant devant son mauvais esprit et sa misanthropie galopante. En désespoir de cause et pour lui donner une dernière chance, elle convie chez lui un groupe d’handicapés chaperonnés par une coach pleine de foi en sa méthode positive. Il les accueille à sa manière en leur vidant un extincteur dessus. Dès lors, son entreprise de démoralisation commence. Tous les repères vont exploser, les handicapés vont prendre le contrôle et exclure les valides et leur bonne conscience, se perdant dans une nuit d’ivresse aux vertus inattendues.

REVUE DE PRESSE :

Le ton est donné par l’affiche, on est devant une comédie corrosive, inespérée et à l’humour délicieusement noir. Le modèle du handicapé exemplaire est enfin battue en brèche. Le film prend le contrepied pour nous présenter des personnages excessifs, mais du coup, qui gagnent en dimension humaine. Cet auteur Norvégien nous montre l’émancipation de ceux qui n’ont pas le droit d’être négatifs et envoie les belles certitudes au diable.

Service Ciné/Médiation Culturelle de la commune du Pradet

LES INROCKUPTIBLES
Par scribere, mardi 25 novembre 2008 à 15:38 – Revue de presse

Cette comédie féroce sur le handicap réussit tout autant comme charge contre la bienséance et comme danse burlesque de corps déreglés.
Les « corps vils » au cinéma ne sont pas les masses de fêtards qu’Evelyn Waugh décrivait dans son roman, mais bien ceux des handicapés physiques, dont la représentation est sans cesse menacée par le pathos, la leçon édifiante. Une catégorie plus sympathique est celle des handicapés hargneux, à peu près toujours en fauteuil roulant. De Peter Sellers sur roues forcément grinçantes dans Docteur Folamour à la paire Delépine / Kerven dans le road-movie (en fauteuil) Aaltra, le handicapé moteur y joue sur la mauvaise conscience, écrase le politiquement correct et est un salaud comme tout le monde. L’Art de la pensée négative s’ajoute à cette liste sous forme d’un jeu de massacre qui n’épargne aucune dimension du « problème » : la dépendance, la culpabilité, le regard du conjoint valide, la sexualité…Soit ici un groupe de thérapie pour handicapés. Mené par une psychologue des services sociaux norvégiens, il entreprend de convertir à la pensée positive Geirr, un paralysé cynique qui préfère l’invective et se cloître dans sa chambre avec ses disques de Cash et Apocalypse Now – le personnage est un pied de nez au cliché du vétéran mutilé façon Tom Cruise dans Né un 4 juillet. La séance dégénère vite pour tous.
Huis clos lo-fi, le film aurait pu facilement tourner à la pièce de théâtre plan-plan. Sauf que la promiscuité fait vite sens – en fauteuil roulant , on ne va pas très loin – pour les protagonistes peu à peu conscients que cette méthode Coué très américaine est en fait une impasse, une énorme mascarade sectaire (telle la phrase presque maoïste « les petits changements font les grands changements »). Mais la force du film est d’envisager finement son espace (la maison de Geirr) pour un ballet de corps atypiques, dans toutes les combinaisons possibles, qu’il s’agisse de sauter par la fenêtre ou de rester coincé sur le monte-charge. On retiendra ainsi le personnage de la jolie blonde paraplégique au sourire-rictus perpétuel, et celui d’un sexagénaire marmonnant, traité comme le monstre de Frankenstein.

À travers eux et leurs postures de poupées cassées, le film trouve un équilibre entre la charge (contre la bienséance, l’infantilisation du coaching et de l’Etat-providence norvégien) et l’énergie burlesque noire, où le handicap serait une mécanique à la fois inquiétante par sa rigidité et ses affolements non contrôlés.
Tel le bras du docteur Folamour, toujours en danger de faire le salut nazi au plus mauvais moment. La fin assez curieuse du film, lourde, presque absurde au regard du chaos passé, enfonce le clou : oui penser positif est décidément très irritant.

Léo Soesanto

(Critique provenant de : http://blog.lartdelapenseenegative-lefilm.com/)